Finance mondiale: pourquoi rien n'a jamais changé

Publié le par Aleth

 

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Il est temps d’aborder de manière précise les accointances entre les banques et les gouvernements. Parce que rien ne change, et parce qu’il faut comprendre pourquoi. Il y a une part d’idéologie, mais la raison essentielle, c’est parce que les décideurs « politiques » et économiques sont souvent les mêmes. Alors au lieu de défendre ce qu’on appelait encore « l’intérêt général » il y a quelques années, ces messieurs préfèrent remplir leur portefeuille et celui des petits copains.

Je ne vais pas revenir sur l’affaire Woerth, symptomatique d’un véritable système. On va remonter -rapidement- un peu plus loin dans l’histoire, dans les années 30, pour comprendre ce qu’est ce « mélange des genres » entre politique et entreprises qui, bien que souvent légal, pose de sérieux problèmes de légitimité et de démocratie. On parle en France de pantouflage, un terme qui vient des polytechniciens qui s’incrustaient dans le privé directement après leurs études ou un peu plus tard, alors qu’ils étaient censés servir l’Etat. Mais je préfère parler de technique du tourniquet, car la plupart du temps ces messieurs font d’incessants allers et retours entre public et privé.

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Le problème

Dans les années vingt, la banque la plus puissante en France était la banque Worms, créée par Hyppolyte Worms au XIXe siècle. Elle avait des intérêts dans différentes industries de l’époque[1], dont celles qui intéressaient le Comité des Forges. Et ce qui a en grande partie fait sa puissance, c’est la carrure politique, parfaitement dans l’air du temps, d’une partie de ses dirigeants, comme l’a fort bien démontré l’historienne Annie Lacroix-Riz.

Ainsi, on trouve à la tête de cette banque des gens comme Jacques Barnaud, directeur général de Worms, qui est très vite venu auprès de Pétain en tant que délégué général aux Relations économiques franco allemandes[2], Gabriel Leroy Ladurie, également financier Parti Populaire Français (PPF) de Jacques Doriot quand il était président de Worms, c’est lui qui a fait entrer ses copains à Vichy ; Pierre Pucheu, secrétaire d’Etat à la production industrielle, puis à l’Intérieur sous Vichy, ex membre du PPF, proche également de l’amiral Darlan qui dirige le gouvernement de Vichy, il fut l’un des seuls patrons collaborationnistes à avoir été fusillé en France, François Lehideux, directeur des usines Renault à partir de 1934, délégué à l’Equipement national puis secrétaire d’Etat à la production industrielle en 41-42[3], ou encore Georges Albertini, ex du RNP[4] de Marcel Déat, une autre ligue fasciste, qui collabore aux Nouveaux Cahiers (une revue antisémite, anticommuniste etc.), accusé de collaboration, blanchi par grâce présidentielle, Albertini est ensuite devenu l’un des plus proches conseillers de Pompidou[5].

Les postes qu’ils ont occupés ont permis à ces types de développer au maximum la collaboration économique avec le IIIe Reich, c’est-à-dire l’utilisation de la production française pour les besoins de l’Allemagne.

Ils ont forcé certains à le faire, notamment les Juifs, mais d’autres ont vite compris leur intérêt et, tout en freinant l’effort de guerre français, ont très tôt contribué à celui de l’Allemagne. Qu’on ne s’y trompe pas, beaucoup agissaient aussi par conviction.

 

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Bref, le mélange des genres parfait, dans un contexte antisémite et réactionnaire. Comme des poissons dans l’eau, ces messieurs faisaient du fric tout en finançant allègrement les ligues fascistes (qui, rappelons-le, ont quand-même tenté quelques coups d’Etat à l’époque), et en passant carrément au gouvernement de Vichy tout en représentant les intérêts de la banque Worms. Qui faisait partie, finalement, de ce qu’on appelle la synarchie, cette espèce d’entente au sein du patronat pour instaurer un Etat fasciste, anti communiste, anti syndicats etc.

Pour donner quelques exemples concrets, le pantouflage, autrement appelé conflit d’intérêts, a amené des gens comme Pierre Laval, célèbre bras droit de Pétain, à profiter de sa position pour faire fructifier ses propres intérêts en collaborant assidûment avec l’Allemagne, Louis Renault à fabriquer des tanks[6] pour Hitler en pleine guerre, des promoteurs immobiliers à faire bombarder certains quartiers convoités de Marseille, ou à l’inverse, ce mélange des genres a amené les Alliés à épargner les usines Ford et ITT de l’Allemagne nazie lors des bombardements[7]. Avant et pendant la guerre, les postes de pouvoir occupés par ces industriels (et de nombreux autres) ou par leurs proches, leur ont permis de faire des affaires avec l’Allemagne nazie et cela, même si en principe c’était interdit, au moins pendant la guerre.

Mais, tout va bien. La preuve : personne n’a été condamné, ou presque.

J’ai passé un peu de temps à parler de cette époque, mais je me permets de vous inviter à l’approfondir. En tout cas, cela montre que le mélange est contre nature, et que même si aujourd’hui nous n’avons pas un gouvernement de « révolution nationale » version fasciste à 100%, le mélange des genres ne travaille certes pas pour l’intérêt général.

Car, tous ces messieurs ont continué à faire de très bonnes affaires pendant l’Occupation.

Enfin, bref. En effet, ce n’est pas en évitant ce mélange qu’on aurait pu éviter la défaite. Quoi que… Annie Lacroix-Riz démontre que le patronat, via sa proximité, voire son intégration dans le monde politique, a œuvré pour que la France soit quasiment incapable de répliquer, tout en fournissant à Hitler tout ce dont il avait besoin[8].

A la même époque, on pourrait évoquer le cas d’André Bettencourt (le défunt mari de Liliane Bettencourt[9]), qui a fait partie du cabinet de Mendès France, a été ministre de De Gaulle, (notamment secrétaire d’Etat à l’Information) de Pompidou, sénateur pendant vingt ans, proche de tous les présidents jusqu’à Mitterrand tout en ayant travaillé pendant la guerre pour la Propagandastaffel, l’organe de propagande nazi implanté en France, devenu mystérieusement résistant avec Mitterrand après qu’Hitler ait perdu la bataille de Stalingrad.

Tout cela pour dire qu’il ne faut pas s’attendre à ce que ces messieurs posent eux-mêmes les limites à ce mélange des genres entre intérêt personnel et fonctions politiques. Car pour eux, l’argent sent la rose d’où qu’il vienne.

A l’époque, ce système de pantouflage était déjà réglementé, par une loi datant de février 1919, juste après la guerre comme par hasard, qui n’a été modifiée qu’en 1992. Ainsi, un fonctionnaire devait attendre 5 ans avant de travailler pour une entreprise dont il a eu à s’occuper en tant que fonctionnaire, sous peine de 2 ans de prison et 200.000 francs d’amende.

Goldman Sachs et le gouvernement US

Goldman Sachs, également appelée ‘la firme’, a toujours été extrêmement proche du pouvoir US. Car, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, les dirigeants de Goldman Sachs ont une fâcheuse tendance à travailler aussi dans les gouvernements, que ceux-ci soient de droite ou de gauche. Et aux Etats-Unis, Goldman est championne en la matière. Mais elle n’est pas en reste en Europe non plus. Ainsi, un certain nombre de nos commissaires européens sont aussi passés par ladite banque, le cas le plus représentatif étant celui de Peter Sutherland.

 

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Irlandais, fils d’un courtier en assurances il travaille dans la banque en menant une carrière au sein du gouvernement irlandais, puis il devient commissaire européen à la concurrence en 1985, tout en s’occupant aussi d’éducation et d’affaires sociales, sous la présidence de Jacques Delors.Très à l’aide avec les lobbies pendant qu’il occupe ces fonctions, il n’hésite pas à faire un discours (probablement rémunéré) lors d’un meeting organisé par le lobby des télécoms en 1988, par exemple. Juste après, il entre chez Allied Irish Banks SA. Sutherland est ensuite devenu le parton du GATT qu’il a fortement contribué à transformer en OMC[10] en dehors de tout débat démocratique.

En 1995, il débarque chez Goldman Sachs en tant que vice président non exécutif puis président de Goldman Sachs International, tout en étant également président (non exécutif) de BP[11] jusqu’en 2009, directeur d’Ericsson et directeur de la Royal Bank of Scotland (nationalisée en grande partie après la crise subprime).

Côté coulisses, Sutherland est très actif dans tout un tas de groupuscules atlantistes et dogmatiques en matière d’ultra libéralisme. Parmi lesquels : le Bilderberg, dont il est un pilier, la Trilatérale[12] dont il a été jusqu’à récemment le président pour l’Europe et dont il est aujourd’hui président honoraire, le Transatlantic Policy Network, l’Institute of European Affairs. Il a aussi été jusqu’en 2009 vice président de l’European Round Table of Industrialists, le lobby des 47 plus grosses multinationales européennes.

J’ai déjà longuement évoqué les connexions issues de ces groupuscules. Par exemple, le Bilderberg et la Trilatérale ont été crées par David Rockefeller, qui tient JP Morgan Chase. Quant à BP, la famille royale des Pays Bas en détient une partie, et la reine Béatrix est une acharnée du Bilderberg. D’ailleurs, son père, le prince Bernhardt, en a été le co-fondateur.

Mais il n’y a pas que la commission européenne à être contaminée par Goldman Sachs. La banque centrale européenne est dans le même cas, avec des gens tels que Mario Draghi, qui a travaillé à la Banque Mondiale puis au Trésor Italien pour les privatisations dans les années 90, qui fut vice président pour l’Europe de Goldman Sachs et directeur général de Goldman Sachs International de 2002 à 2005, avant de devenir gouverneur de la Banque d’Italie, et donc de la BCE[13] également, de la BIRD, de la Société financière internationale etc. Evidemment, draghi est allé régulièrement au Bilderberg depuis une dizaine d’année, et il est membre de la Brookings Institution.

Depuis quelques semaines, les Etats-Unis s’agitent pour leur réforme des banques, qui a été un enjeu important pour les lobbyistes desdites banques. Obama n’a pas arrêté de dénoncer leur influence, mais il a été le premier à leur demander de financer sa campagne, et il n’a pas hésité non plus à faire rentrer dans son gouvernement des banquiers responsables de la crise subprime et de la crise économique qui a suivi. Des types comme Henry Paulson, par exemple, n’ont eu de cesse de déréguler, pour se faire aujourd’hui les chantres de la morale bancaire.
 

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Paulson a commencé sa carrière auprès de Nixon comme assistant au secrétariat d’Etat à la Défense, puis à l’Intérieur en 1972, pour débarquer chez Goldman Sachs en 1975. Il en devient associé en 1982, et revient dans le public comme secrétaire d’Etat aux Finances sous Bush en 2006.

Paulson a ensuite dirigé le Trésor US en 2008, ce qui lui a permis de refiler des milliards de dollars à ses copains, et de couler quelques rivaux de Goldman Sachs, dont Lehman Brothers et Merryl Lynch, rachetée par Bank of America. Obama a également nommé un certain Mark Patterson comme chef de cabinet du Trésor, dirigé par Timothy Geithner, alors qu’il a été lobbyiste pour Goldman Sachs à Washington, ou Robert Hormats, ex vice président de Goldman Sachs où il est resté plus de 25 ans, qui est appelé au secrétariat d’Etat à l’économie en septembre 2009.

Sous Reagan il y eut John Whitehead, ex de Goldman et très proche des Rockefeller, qui a été secrétaire d’Etat et président de la FED de New York. Un autre patron de la FED de New York, William Dudley, était auparavant chef économiste chez Goldman jusqu’en 2007… Sous Clinton, un dénommé Rubin, ancien dirigeant de Goldman, a été ministre des Finances. Il a ainsi pu abolir la loi « Glass Steagal » de 1933, ce qui a permis aux banques de faire ce qu’elles voulaient avec les produits dérivés.

Sous Bush, la liste des fonctionnaires issus des rangs de « La firme » est assez longue: il y eut par exemple Stephen Friedman, patron de Goldman, qui a conseillé le président en matière d’économie, ou Robert Zoellick sous Bush 1er, également venu de Goldman où il était conseiller aux affaires internationales, pour se retrouver au Trésor puis chef de cabinet. Sous Clinton, il revient chez Goldman et est aujourd’hui directeur de la banque Mondiale. Il y a encore eu Josh Bolton, passé par Goldman avant de devenir chef de cabinet de Bush II, ou encore Reuben Jeffrey III, qui s’est retrouvé sous secrétaire d’Etat à l’économie après avoir passé près de vingt ans chez Goldman.

Voilà une partie du problème. Et de l’explication qui permet de comprendre pourquoi rien n’avance en matière de régulation financière.

On a récemment appris que Credit Suisse et UBS, deux banques suisses, faisaient partie des banques les plus actives en matière de lobbying auprès des autorités US, qui voudraient vaguement réformer le système financier. Mais, la levée de boucliers est générale, du côté des milieux financiers. Toutes les associations professionnelles, les think tank etc. sont contre ladite réforme. Celle-ci est appelée « réforme Dodd », du nom du sénateur démocrate Christopher Dodd, qui la défend. Il est en effet très bien placé : outre sa position de président de la commission bancaire, Dodd a d’excellentes relations avec les milieux financiers[14].

 

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Ainsi, Citigroup a filé 14,6 millions de dollars au Congrès et à la maison Blanche en 2008 et 2009, JP Morgan a mis 11,7 millions, Bank of America et Morgan Stanley 7,5 tandis que Goldman Sachs et American Express ont versé 6,2 et 7,1 millions. De son côté, l’American Bankers Association a donné 18, 5 millions l’Investment Co Institute 10,7, Bankers of America 7,7 etc. Pour sa part, Obama a reçu près d’un million de dollars de la part de cadres de Goldman Sachs pour sa campagne de 2008, une somme quatre fois plus importante que celle qu’ont reçue les Républicains de Goldman. Hillary Clinton avait quant à elle touché 400.000$.

Comme on pouvait s’y attendre, la grande réforme est des plus timides, tout comme les « stress test » des banques qui ont été influencés par le lobby bancaire (mais 16 banques ont raté quand même). Il n’y aura pas d’autorité chargée de surveiller les agences de notation, l’Etat continue de garantir plus de cinq mille milliards de prêts et produits pourris, il n’est toujours pas question de taxer les banques pour un fonds de liquidation, il n’est pas question de limiter la concentration bancaire, ni d’interdire aux banques d’investir du capital (mais pas plus de 3% semble-t-il, et pas avant quelques années) dans les fonds spéculatifs… Bref, les lobbies ont bien travaillé.

Le cas de Fannie Mae et Freddie Mac, deux « assureurs » qui ont joué avec les crédits subprime les plus pourris et ont fini par couler, est symptomatique. En 2006, l’année où s’est déclenchée la crise des subprime, ces deux boîtes ont donné 53% du total des donations aux candidats républicains (surtout ceux de la commission des finances), soit 1,3 million de dollars. 

Dès l’annonce de la réforme bancaire US, début 2009, Paul Kanjorski, un démocrate président de la sous-commission du Sénat sur les marchés de capitaux, a reçu 18.500 dollars pour sa campagne électorale au premier trimestre. Retour sur investissement ? L’autorisation pour les banques de fixer elles-mêmes la valeur de leurs actifs quand elles estiment que les prix du marché sont trop bas. Du coup, les banques ont affiché des bénéfices importants en 2009, et elles ont passé le stress test avec succès.

En France

 

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Les exemples de tourniquet se ramassent à la pelle. On peut évoquer quelques cas concernant la France, que je prends volontairement « au pif » mais dans le secteur bancaire :

- Michel Pébereau : il commence comme chargé de mission pour Giscard (Ecofi), passe par la direction du Trésor et par le cabinet de René Monory (Ecofi), puis arrive dans le privé à l’heure des privatisations. Président du Crédit Commercial de France en 1982, il le privatise en 1986 et reste à sa tête jusqu’en 1993, année où il privatise BNP et en prend la présidence. Il crée BNP Paribas, dont il est le PDG jusqu’en 2003 tout en étant administrateur ou au conseil de surveillance de moult multinationales comme Saint Gobain, AXA, EADS, Lafarge ou Total. Comme moult de ses petits copains, il est membre de la très mal nommée Académie des Sciences Morales et politiques (sic.).

- L’inénarrable  François Pérol, l’ami de sarko qui a commencé au Trésor, puis a été conseiller de Francis Mer à l’Economie en 2002, directeur adjoint de Sarko à Bercy en 2004, avant de passer en tant qu’associé gérant chez Rothschild, où il a notamment conseillé les Banques populaires pour la fusion de Natexis et Ixis[15] (une filiale investissement de la Caisse d’Epargne), bien que la commission de déontologie ait posé à l’époque un avis négatif. En 2007, il devient secrétaire général de l’Elysée, puis est nommé en 2009 à la tête de l’organisme crée par la fusion Caisse d’Epargne- Banques Populaires (le « groupe BPCE »), fusion dont il s’est occupé à l’Elysée. A noter : en septembre 2009, il est devenu vice président de la Fédération Bancaire Française, le « syndicat » des banquiers, et il en sera le président dès septembre 2010…

- Georges Pompidou : après des études de lettres, il entre au cabinet de De Gaulle à son retour de Londres, puis il est nommé maître des requêtes au Conseil d’Etat en 1946. En 1948, il est chef de cabinet de De Gaulle, puis devient commissaire adjoint au Tourisme. Il entre chez Rothschild en 1953, en devient directeur général en 1956, et administre différentes sociétés. D’après Robert Jablon, l’un de ses collègues, « avec ses relations dans l’administration publique, il était quelqu’un de très utile, selon René Fillon [le directeur de Rothschild à l’époque[16]] ». Le même précise encore que Pompidou « n’avait pas de tâche définie, mais il était devenu le coordinateur de l’ensemble [la banque Rothschild en France] (…), il jouait un rôle très important dans les relations extérieures et dans la gestion des gens, éventuellement les recrutements », et qu’ « il participait aux décisions stratégiques très activement ». Ce collègue remercie d’ailleurs Pompidou de l’avoir aidé « à mobiliser des concours à la direction du Trésor » pour financer la Miferma, une société exploitant des mines de fer en Mauritanie, et il n’a d’ailleurs pas hésité à aller le voir une fois devenu 1er ministre en 1962, pour lui demander d’arranger « le régime fiscal des filiales en France », car « quelques semaines après, il y eut une loi, un décret etc. ». Efficace, n’est-ce pas ? En tout cas, Pompidou revient en tant directeur de cabinet de De Gaulle en 1958-59, puis retourne chez Rothschild en 1959 quand De Gaulle est à l’Elysée, tout en continuant à le conseiller. Il reste chez Rothschild jusqu’en 1962, quand il devient 1er ministre[17].

- Jean Peyrelevade : en 1981 il est directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy (1er ministre), puis il devient son conseiller économique, poste auquel il gère les nationalisations. En 1983, il est nommé PDG de Suez, en 1986 il devient président de la banque Stern, en 1988 il est président de l’Union des Assurances de Paris (UAP, qui sera reprivatisée dans les années 90), jusqu’en 1993, quand il devient président du Crédit Lyonnais[18], pour quitter ce poste en 2003 et arriver comme associé gérant de la banque Léonardo. Mais, il revient en politique en 2008 pour mener la liste… Modem dans le XVIe arrondissement. Mais il est aussi administrateur ou au conseil de surveillance de différentes multinationales, comme Bouygues, KLM ou DNCA Finance.

- Daniel Bouton, l’ex patron de l’ex trader Kerviel, l’homme qui a paumé 5 milliards d’euros. Marié à une directrice adjointe de chez Lazard, Bouton a commencé sa carrière comme inspecteur des Finances, devient conseiller technique au cabinet de Maurice Papon en 1980, puis travaille au ministère de l’Economie, devient dir’ cab de Juppé au Budget en 1986, et reste à ce ministère jusqu’en 1991 en tant que directeur du Budget (on comprend mieux !). Et en 1991, Bouton entre à la Société Générale à un poste créé pour son parachutage, et s’occupe aussi de présider la Fédération Bancaire Française.  Après l’affaire des 5 milliards, il est viré et monte sa boîte de conseil « tournée vers l’Europe », dont l’un des plus gros clients est Rothschild & Cie.

- Jean Monnet, le « père de l’Europe », qui selon la mythologie européenne, s’est levé un matin pour faire la paix dans le monde, et donc l’Europe. Son parcours commence à être mieux connu du grand public. L’un des plus emphatiques à parler de Monnet est Gérard Bossuat. Celui-ci estime en effet que Monnet a influencé nombre d’anglais et d’américains, dont Churchill, Roosevelt, Eisenhower, John Foster Dulles (Département d’Etat), George Ball[19], John McCloy[20] et Shepard Stone de la fondation Ford, McGeorge Bundy... Car c’est vrai, Monnet est « un personnage clé des relations franco américaines ». Reprenons son parcours : Dès 1919, alors qu’il n’a aucun diplôme de quoi que ce soit, il participe à l’instigation de Lord Robert Cecil à la création de la Société des Nations (ancêtre de l’ONU) dont il devient le secrétaire général adjoint en 1920. Il démissionne trois ans plus tard pour travailler dans l’entreprise de vins et spiritueux de papa (J.G. Monnet & Co) et à ce titre il se rend régulièrement aux Etats-Unis (en pleine prohibition, soit dit en passant). Il est aussi lobbyiste pour les alcooliers français dans les années 20[21] et participe en 1926 à la création d’une banque, la Blair and Co. Foreign Corporation, dont il devient directeur de la filiale française et qui fusionne avec la Bank of America de new York en 1929. Durant cette période, il parvient à sauver l’entreprise familiale grâce à ses contacts dans les milieux financiers anglo US, est administrateur de différentes entreprises et travaille même pour la banque Morgan.

En 1939-40, il s’occupe de la logistique pour la France et l’Angleterre, puis va aux Etats-Unis il s’occupe de gérer les besoins civils et militaires de l’Angleterre avant d’aller à Alger. De 1943 à 1946, il est l’un des innombrables conseillers de De Gaulle, et devient commissaire général au plan en 1945 (qu’il a contribué à mettre en place et qui gère la répartition des sous du plan Marshall), chargé de la modernisation. Il rédige ensuite le plan Schuman en 1950, qui instaure la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, le premier organe européen avec un pouvoir supranational et non démocratique : la Haute Autorité de la CECA, dont il est le premier président. Il soutient aussi le plan Pleven[22] censé instaurer une armée européenne (Communauté Européenne de Défense, « qui portait un projet plus large d’intégration atlantique »). En 1954, il se consacre à Euratom (union atomique européenne), aux « Etats-Unis d’Europe »[23] et à la mise en place du marché commun (sans bien sûr aucun débat démocratique sur ces sujets).

 

A propos de Monnet, il est quand même hallucinant qu’il ait réussi à faire avancer l’ « intégration européenne » contre l’avis des peuples et d’une grande partie des gouvernements. Mais, il avait des soutiens importants du côté des banques, de la presse dite « de référence » et des Etats-Unis qui voulaient un grand marché unique où le commerce est libre (et non faussé) pour vendre leurs produits. Au passage, Bossuat confie que Monnet s’est aussi inspiré de la revue US « Fortune », des « milieux d’affaires, des journalistes économiques et financiers [qui] pensaient à une corporation européenne des transports, à une communauté monétaire européenne et à une banque européenne ». Monnet a ainsi su « convaincre Eisenhower de soutenir la CED en juillet 1951 ». On pourrait écrire des centaines de pages sur les copinages de Monnet avec les banques US. Il a en effet placé beaucoup de ses pions qui venaient de chez Goldman Sachs, Lazard, Morgan etc. dans les instances européennes, si bien que le financement de l’Europe venait en grande partie de ces banques, qui encaissaient au passage des intérêts substantiels. A la fin de sa vie, Monnet se range et s’occupe de créer de toutes pièces une histoire de l’Europe où les influences US sont systématiquement occultées.

- Edmond Alphandéry : c’est un ex de l’université de Chicago, député UDF pendant 15 ans, qui devient ministre de l’Economie en 1993, où il privatise à tour de bras. Il entre ensuite chez EDF en tant que président, est administrateur de Suez, au conseil de surveillance de Lehman Brothers. Quant à son directeur de cabinet au ministère, Patrice Vial, il est parti pour Morgan Stanley.

- Nicolas Bazire : témoin au dernier mariage de sarko, il a été directeur du cabinet de Balladur en 1993. Après son plantage en 1995, il devient associé gérant et membre du conseil de surveillance de Rothschild & Cie. Il est aussi à ce moment directeur général du groupe Arnault, puis passe chez LVMH. IL dirige aussi un fonds d’investissement créé par Albert Frère et Bernard Arnault.

Il est intéressant de noter que quasiment tous ces messieurs, qui s’acharnent à enrichir le capital entre deux passages dans la fonction publique, viennent de ce qu’on ose encore appeler des « grandes écoles » : ENA, Polytechnique, Normale, puis HEC. Et bien sûr, tous s’entraident allègrement tout au long de leur brillante carrière et se retrouvent au golf ainsi que dans les conseils d’administration. Accessoirement, alors qu’on dit que les études universitaires coûtent cher, il convient de rappeler qu’un étudiant en fac d’histoire coûte à peine 1.500€ par an dans une université aussi vétuste que Rennes II[24], tandis qu’une année à l’ENA coûte au moins vingt fois plus (certains parlent de 127.000€ par étudiant pour un an à l’ENA[25]), évidemment payés par les contribuables pour mieux se faire spolier. Pour une rentabilité qui, du point de vue des citoyens, est des plus contestables[26]. Mais, bref.

Stress test et « grande réforme » en Europe

Le commissaire au marché Intérieur, Michel Barnier, ne déroge pas à la tradition à Bruxelles, qui veut que les experts consultés en matière de finance soient les banques et autres spéculateurs. Ainsi, comme d’habitude, le groupe d’experts censé réformer les banques en Europe est composé presque exclusivement de banquiers, d’agences de notation, de cabinets de placement...

 

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C’est donc ce groupe qui fera des propositions de régulation bancaire à la Commission, mais en réalité le but de ces messieurs est de parvenir à ne rien réguler du tout. Il ne faut pas de fonds propres minimaux, il faut des règles comptables aussi obscures que possible (bilans consolidés notamment), il ne faut pas séparer banques de dépôt et d’investissement, il ne faut pas d’organisme de contrôle indépendant etc. De toute manière, c’est le même refrain depuis toujours, d’où les nombreux krachs financiers. Car il ne faut pas se faire d’illusion : si on en est à préparer Bâle III aujourd’hui, c’est parce que Bâle I et Bâle II n’ont servi à rien, à part peut-être à empirer la situation.

Là, les banques viennent –ô miracle !- de réussir le stress test qu’elles ont-elles-mêmes mis au point. Etonnamment, certains le qualifient de « complaisant ». Seulement 7 banques sur 91 ont raté, ce qui ne les empêche pas de toutes ensemble réclamer plus de laxisme pour être « compétitives ». Et 17 étaient à la limite, avec des fonds propres à moins de 7% des encours. EN France, BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole et BPCE (Banque Populaire- Caisse d’Epargne) ont du s’y soumettre, que des banques de dépôt.

D’aucuns estiment que les hypothèses du stress test sont bien trop optimistes : on a par exemple tablé sur des pertes de 17% et 3% pour les banques de Grèce et d’Espagne, au cas où ces pays seraient en cessation de paiement. Car n’oublions pas que ce sont en grande partie des banques et des fonds spéculatifs qui détiennent des dérivés de dettes nationales (dites « souveraines »). Et qui se les revendent allègrement, en espérant ne pas être le dernier maillon de la chaîne au moment de la faillite. En attendant, tout le monde empoche son petit pécule.

C’en est à se demander pourquoi on a renfloué à coups de milliards et de taux 0 des banques en aussi bonne santé. D’ailleurs, la validité des stress test en question n’a pas trompé les spéculateurs, puisque la bourse française a stagné au lieu de prendre plein de points comme c’était prévu.

La proximité entre les commissaires européens et leurs collaborateur avec le monde économique est la même que partout. Des ex commissaires passent dans le privé sans que personne n’y trouve à redire, les lobbyistes ont accès aux technocrates sans aucun problème, et l’information est verrouillée par les lobbies. On ne s’étonnera donc pas que l’ancien commissaire au Marché Intérieur, l’Irlandais Charlie McCreevy (passé depuis chez Ryanair), se soit félicité en 2005 de la « souplesse » des normes de Bâle II.

Toutes ces « réformes » ne sont qu’un jeu de dupes.

 

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On voit aujourd’hui l’Angleterre lancer sa propre « réforme », tout en critiquant les timides propositions de l’Europe en matière de régulation. On comprend que pour l’Angleterre, qui abrite nombre de paradis fiscaux dont La City, Jersey etc. veut transférer le contrôle de la finance à la Banque d’Angleterre, qui se voit aussi chargée de contrôler certains échanges spéculatifs.

En Europe, la Commission, comme d’hab’, se contente de recopier les rapports remis par les « experts » issus des milieux bancaires et financiers. Ainsi, c’est encore Jacques de Larosière et son groupuscule qui ont inspiré la « réforme » bancaire qui se prépare. Il avait aussi mené la précédente, avec le succès qu’on connaît. De Larosière a commencé au Trésor, puis il devient directeur de cabinet de Giscard, avant de repasser au Trésor, puis au FMI, puis à la direction de la Banque de France. Il est aussi, à ses heures perdues, conseiller de BNP Paribas, officiellement jusqu’en 2008. Et il est le co-président d’Eurofi, un lobby qui se consacre à influencer la réglementation européenne en matière de finance, de banque et d‘assurances et dont les membres sont des PME telles qu’AXA, BNP Paribas, la Caisse des dépôts et consignations, JP Morgan, Goldman Sachs, la Deutsche Bank, la Société Générale, la Banque européenne d’investissement...

En 2009, il a remis un rapport censé resserrer les contrôles et poser des limites aux délires spéculatifs, qui finalement n’a demandé aucune limite. Comme par hasard, dans le « groupe d’experts » qu’il a consulté, on avait un ancien de Lehman Brothers[27], un ancien de Goldman Sachs, de la BCE et de la Banque Centrale Allemande[28], un ancien de Barclay’s, un ancien de Citigroup[29] et Citibank. Sur huit types au total. Bien sûr, le rapport ne remet absolument pas en cause le Dogme libéral et les principes du Traité européen, et ne fait en rien avancer le débat même s’il pointe certains poncifs du genre « Bâle II n’imposait pas assez de fonds propres aux banques », qu’il faut réglementer ce qu’ils appellent le « système bancaire parallèle » (« hedge funds, les banques d’investissement, les autres fonds, différents éléments hors bilan et, dans certains ressorts, les courtiers en hypothèques »), qu’il faut « normaliser les produits dérivés », etc. Bref, que des recommandations tellement vagues qu’il n’est pas compliqué de passer outre, comme c’est le cas en ce moment.

 

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On trouve aussi à Bruxelles des lobbies, également appelés forums, où le but est de faire se rencontrer les multinationales de la finance et les technocrates ou les parlementaires. L’un d’eux est le « European parliamentary financial services » (ERFS), déclaré au registre des lobbies[30], et qui déclare avoir dépensé entre 300.000 et 350.000€ en lobbying auprès de la commission européenne en 2009. A la direction de ce truc, on retrouve des parlementaires comme la française Sylvie Goulard, qui a conseillé Romano Prodi quand il était président de la commission de 2001 à 2004 et a contribué activement à la préparation du traité dit « constitutionnel », elle succède à Pierre Moscovici à la présidence du Mouvement Européen[31] en 2006. Mais, dans l’EPFS, on a des entreprises ou groupements d’intérêts comme Goldman Sachs, ING Group, JP Morgan, BNP Paribas, Citigroup, AXA, l’European Mortgage Federation, l’Association for Financial Markets in Europe, la chambre de compensation Euroclear…

Autre lobby bancaire, plus classique, l’European Financial Service Round Table, dont les membres sont des patrons de banque, comme Michel Pébereau de BNP Paribas, mais aussi des patrons de Deutsche Bank, Generali, Royal Bank of Scotland, Credit Suisse, UBS, ING Group… Evidemment, eux non plus ne prônent pas la régulation et l’augmentation des fonds propres.

Mais, à elle seule BNP Paribas a déclaré plus de 400.000€ de frais de lobbying auprès des institutions européennes en 2008. Idem pour le Crédit Agricole, la Société Générale, Unicredit Mais Credit Suisse, JP Morgan Chase (en 2007), Morgan Stanley ou Bank of America, par exemple, en décalrent à peine 50.000, du moins directement, ce qui reste quand-même incroyable. Ou alors les lobbyistes de Bank of America sont payés au SMIC. Et puis, Goldman Sachs n’est même pas déclarée directement au registre, elle transparaît seulement via d’autres groupements d’intérêts comme l’European Policy Center[32] ou l’ERFS précédemment cité.

L’European Banking Association[33] aurait dépensé plus d’un million d’euros en 2009, l’association des banquiers allemands a déclaré plus de 450.000€ en 2008, la Fédération bancaire française en a déclaré plus de 300.000. Etc.

On l’aura compris, l’enjeu est le statu quo et les banques n’ont pas l’habitude de perdre.

 

Source Donde vamos ?

 

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[1] Charbon, chantiers navals, Saint Gobain (verre), métallurgie, assurances, sociétés immobilières…

[2] Barnaud avait aussi crée la revue Nouveaux Cahiers à la fin des années 30. Celle-ci préconisait une collaboration économique soutenue avec le Reich. D'autres synarques notoires et collaborationnistes y ont participé, comme Georges Albertini ou Boris Souvarine. Accusé d’intelligence avec l’ennemi, en 1949 il a, comme beaucoup, bénéficié d’un non lieu.

[3] Emprisonné pour collaboration, il a eu droit à un non lieu.

[4] Rassemblement National Populaire

[5] Entre temps, il a beaucoup influence la pensée des militants fachos anti soixante huitards qu’étaient Devedjian, Longuet, Madelin ou Novelli.

[6] Ainsi que des pots d’échappement que les Allemands transformaient en bombes incendiaires en les remplissant de phosgène et d’un autre produit.

[7]Mais on pourrait parler durant des heures de cette collaboration des industriels, passée à la trappe de l’Histoire. Je parle en connaissance de cause, pour avoir fait, justement, des études d’histoire, où cette collaboration n’était évoquée que de manière individuelle et très marginale. En réalité, très peu d’industriels n’ont pas collaboré, et certains se sont considérablement enrichis –chez tous les Alliés- grâce aux commandes militaires allemandes.

[8] Annie Lacroix-Riz, Le Choix de la Défaite, Armand Colin, 2006, 670p. et du même auteur Industriels et banquiers sous l’Occupation, Armand Colin 1999, 660p. Parfaitement sourcés et documentés, ces ouvrages compilent toutes les notes de police, des renseignements, les archives de banques etc. qui permettent de mettre le doigt sur cette synarchie dont on nous dit encore qu’elle n’a jamais existé.

[9] Elle est l’héritière du fondateur de L’Oréal, Eugène Schueller, qui a financé dans les années 30 une ligue fasciste et même putschiste, comme beaucoup à l’époque, créée par Eugène Deloncle : l’OSARN (organisation secrète d’action révolutionnaire nationale), autrement appelée La Cagoule. Mitterrand et un tas d’autres fachos de l’époque en ont fait partie, alors forcément ça créé des liens utiles pour leurs carrières politiques et industrielles.

[10] Sutherland en a d’ailleurs été le premier directeur général.

[11] Ces deux sièges, chez BP et Goldman, auraient-ils permis à Goldman de liquider 44% de ses actions BP, soit 4,5 millions de dollars, 20 jours avant l’explosion de la plateforme qui a causé la marée noire. Depuis, l’action BP a perdu plus de 55% de sa valeur.

[12] Créée par David Rockefeller  et Henry Kissinger en 1973 pour « rapprocher » les Etats-Unis, l’Europe et l’Asie au niveau économique. Au passage, on y retrouve Jean-Louis Bruguière, Jean-François Copé, Jean-Louis Bourlanges (cour des Comptes, parlement européen, ex président du mouvement européen), Nicolas Beytout, Alexandre Adler (« historien » orthodoxe et médiatique), Michel David Weill (Lazard), Elisabeth Guigou, Anne Lauvergeon, Bertrand Collomb (Lafarge) et tout plein de gens très intéressants.

[13] Il est même pressenti pour succéder à Jean Claude Trichet au poste de président de la BCE.

[14] Il y a notamment une histoire de prêts hypothécaires VIP très avantageux obtenus en 2003 et 2004 de la part de Countrywide, qui en avait offert à de nombreux élus, semble-t-il. Mais, il a aussi contribué à la « crise des bonus » chez AIG, un assureur largement renfloué par les contribuables, en plaçant un amendement qui exonérait les primes des cadres d’AIG de taxation. Il devait s’agir d’un retour d’ascenseur, après que Dodd ait touché plus de 100.000$ d’AIG en 2008. Accessoirement, la femme de Dodd a bossé pour une filiale d’AIG. Dodd a aussi touché 133.900$ des assureurs Fannie Mae et Freddie Mac, qui ont coulé avec les subprimes. Comme pour AIG, Dodd est celui qui reçoit le plus.

[15] Pour créer Natixis (avec un ‘i’), dont l’action a réussi à perdre 95% de sa valeur en deux ans car la banque avait parié à outrance sur les subprime et les dérivés les plus pourris du marché, ce qui a fait tanguer les maisons mères (Banques Populaires et Caisse d’Epargne). 2,6 milliards d’euros au moins sont partis en fumée pile au moment où Pérol s’occupait de Sarko.

[16] Dont Pompidou prend très vite la place dans le cœur de Guy de Rothschild. Contrairement à ce que prétend l’histoire officielle, le rôle de Pompidou au sein de la banque Rothschild n’était pas mineur, mais de premier plan.

[17] C’est en 1973, une fois président, qu’il a le plus témoigné de sa gratitude envers Rothschild, en faisant passer une réforme de la Banque de France (appelée « loi Rothschild » par les mauvaises langues) qui, au nom de la lutte contre l’inflation, interdit à la banque de France de prêter au Trésor, c’est-à-dire à l’Etat. Qui doit par conséquent emprunter sur les marchés au lieu de faire du crédit à très bas taux, ce qui a eu pour effet de faire augmenter la dette publique. Mais, toutes les banques centrales, y compris la BCE, ont la même interdiction.

[18] A ce titre, il a été condamné dans l’affaire Executive Life pour avoir fait de fausses déclarations à la FED.

[19] Ball devient un conseiller tellement proche de Monnet dans les années 50, qu’il a même participé à la rédaction de quelques traités européens. Il a aussi servi de « conseiller à Euratom et à la CEE et demeura très proche de Monnet pendant l’administration Kennedy. Ball était alors le second du département d’Etat», nous explique ingénument Bossuat.

[20] Il a été assistant du secrétaire d’Etat à la Guerre (1941-1945), président de la Banque Mondiale, puis il débarque en Allemagne en 1949 en tant chef de la commission alliée, et à ce poste il se montre très compréhensif avec les anciens nazis. Ensuite il fait un tour à la Chase Manhattan Bank de Rockefeller, passe aussi par la direction de la fondation Rockefeller (qui était un peu sur le même créneau à l’époque que la fondation Ford). De 1954 à 1970 il est président du Council on Foreign Relations et laisse son poste à Rockefeller, son collègue de la Chase, tout en étant président de la fondation Ford de 1958 à 1965. Au passage, il a aussi conseillé différents présidents, comme Kennedy, Johnson et en a profité pour plancher ardemment avec la commission Warren qui enquêtait sur la mort de Kennedy, Nixon ou Reagan. Il a aussi fait partie de la conspiration du coup d’Etat au Brésil en 1964. En 1975 il crée le McCloy’s Fund, financé par les industriels allemands et destiné à promouvoir les relations Allemagne – Etats-Unis, ce qui lui a valu d’obtenir aussi la nationalité allemande.

[21] Basé à l’époque à Saint Pierre et Miquelon, à côté du Canada, il est probable qu’il ait participé à la contrebande qui se faisait à grande échelle à partir de cette île vers les Etats-Unis et principalement Chicago où Al Capone régnait en maître. En 1933, on retrouve aussi Monnet en Chine, près de Tchang Kai check, qui était lui aussi très proche des triades (à l’époque en Chine, pas de pouvoir sans l’appui des mafias. Cf. Roger Faligot, Les services secrets chinois de Mao aux JO, éd. Nouveau Monde, Paris, 2008). Il venait alors pour « faire accepter par le gouvernement chinois un plan de réorganisation industrielle et de construction des chemins de fer et fonde donc la « China Finance Development Corporation, qui financera les chemins de fer et, parallèlement à New-York, en liaison avec Lazard Frères, une banque qui drainera les dollars, la Monnet-Murmane Limited », nous explique Bossuat.

[22] Ami et collaborateur de Monnet depuis les années 20, président du Conseil à ce moment là, il est intéressant de noter que René Pleven était présent aux premières réunions du Bilderberg à partir de 1953. Au cours de ces premières réunions, on a beaucoup parlé de l’Europe, de monnaie unique, de marché commun, d’armée européenne, d’Euratom, de réunification de l’Allemagne (une demande US)…

[23] Monnet a en effet crée en 1956 un machin qui s’appelle « Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe » (CAEUE), un lobby destiné à faire avancer l’Europe des marchés coûte que coûte, largement financé par l’American Committee on United Europe (ACUE, crée par Allen Dulles de la CIA), par les fondations Ford, Rockefeller ou la CIA. On y retrouve les premiers piliers du Bilderberg, comme Paul Henri Spaak, l’équivalent belge de Monnet, Maurice Faure etc. qui ont signé tous les traités européens qu’on leur demandait. Le CAEUE, selon Bossuat « sert de relais à Monnet auprès des gouvernements et de l’opinion ».

[24] Sans rire, il y a six ou sept ans, il fallait deux mois (et une pétition) pour remplacer les ampoules dans un amphi où la seule qui fonctionnait était celle au-dessus de l’estrade. Rien à voir avec l’ENA…

[25] Ces étudiants touchent aussi 1.370€ par mois, pas comme la moitié des autres qui ne touchent rien pour un peu que leur famille soit de la ‘classe moyenne’.

[26] Alain Garrigou a même qualifié ces écoles de « business school » en 2000, dans Le Monde Diplomatique.

[27] Rainer Maser, banquier italien, a démarré à la Banque des Règlements internationaux à Bâle, avant de passer à la direction de la banque d’Italie. Il va ensuite dans le privé, à la banque Fideuram (du groupe San paolo) en 1998, s’occupe d’immobilier pendant la crise subprime, et arrive chez Lehman Brothers en 2007 en tant que président, jusqu’à la faillite en 2009. C’est à ce moment que Jacques de Larosière le recrute dans son comité. Au passage, en 2003 Chirac le nomme officier de la Légion d’Honneur.

[28] Membre de la très libérale fondation von Hayek et président du Center for Financial Studies, Otmar Issing est passé par la Bundesbank de 1990 à 1998, puis il est arrivé à la BCE, où il est resté jusqu’en 2006. Fervent défenseur de la non régulation, il est venu voir du côté de Goldman Sachs quatre mois plus tard.

[29] Citicorp à l’époque. Le hollandais Onno Runding a travaillé pour le FMI et pour la banque AMRO avant de devenir ministre des Finances, poste auquel il a privatisé et dérégulé autant que possible. Il retourne ensuite dans la banque, chez Citicorp, en 1992. Accessoirement, Runding a aussi été président du Centre for European Policy Studies, un think tank ultra libéral

[30] Ceux qui travaillent à Bruxelles auprès de la Commission et/ ou du parlement. Mais ils sont loin d’y être tous inscrits.

[31] Un machin atlantiste, jadis financé par la CIA.

[32] Qui, avec un budget déclaré de plus de 2,8 millions d’euros, n’aurait dépensé que 50.000€ en lobbying à Bruxelles en 2008.

[33] Qui regroupe différentes fédérations nationales de banques, comme l’Association Française des Banques et ses homologues allemande, grecque, luxembourgeoise, italienne etc.

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