Destruction d’emplois : pourquoi cette information ne fait-elle pas la une ?

Publié le par Aleth


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Etrangement une telle information aurait dû faire nettement plus de bruit qu’elle n’en fait. A part un article resté quelques heures en une du Monde.fr je ne l’ai pas vue. Et pourtant elle est d’importance d’une part en donnée brute ou relative mais d’autre part surtout car les chiffres initialement annoncés sont bigrement faux. Il s’agit du chiffre de la destruction d’emploi.

Le 13 novembre l’INSEE annonçait 5.500 emplois détruits et hier la révision donnait, excusez du peu, 80.700 soit plus de 1.500 % d’erreur. Un rapport de 1 à 15 ! (Le Monde)

 
Quelle peut être la crédibilité d’un institut qui commet de telles erreurs ?
 
La réponse de cet effarant écart est là : L’estimation provisoire qui avait fait apparaître le 13 novembre un spectaculaire ralentissement des pertes d’emplois ne tenait pas compte des établissements de dix salariés et moins.
 
Cette nouvelle est de mauvais augure car elle démontre que la destruction d’emplois a atteint les petites structures. J’en déduis qu’elles avaient mieux résisté avant sinon il y aurait eu une projection dans les estimations. Ou alors l’INSEE a trafiqué les chiffres, ou plutôt fait semblant d’ignorer les entreprises de moins de 10 salariés tout en sachant qu’il y avait du dégât. On ne peut y voir que ces diverses solutions :
 
- tentatives de masquer la réalité en occultant ce que l’on sait être terrible mais en usant d’un artifice d’une pseudo honnêteté ;
 
- ne pas tenir compte des entreprises de moins de 10 salariés, pourtant formant un tissu économique de premier plan ;
 
- l’incompétence de l’INSEE dans cette annonce incapable de prévoir que les entreprises de moins de dix salariés vont modifier de façon considérable les chiffres (or en un trimestre on doit avoir quelques clignotants au rouge vif) ;
 
- ou plus grave enfin, ce chiffre est ahurissant car alors seules les petites structures ont perdu des emplois puisque sur 80.700, elles représentent 75.200 soit près de 95 % de la destruction d’emplois.
 
Ce qui est tout aussi effarant est le fait que cela ne fasse pas la une des journaux depuis hier.
 
Dans cet article du Monde on parle du chômage qui n’a pas cru tant que cela au 3e trimestre. La raison est simple : les emplois détruits qui sont des emplois à durée indéterminée ont été en partie compensés par de l’interim donc de la précarité non volontaire : L’industrie perd des emplois depuis 2001, le mouvement ne s’est pas arrêté au 3e trimestre (49.400) et dans la construction, il s’est "accéléré" (16.100). C’est même "le plus mauvais résultat depuis dix ans", selon Bernard Ernst, ex-directeur des statistiques de l’Unedic, passé à Pôle emploi. Maigre consolation, la "forte hausse" des effectifs dans l’intérim au 3e trimestre est confirmée (+36.900). Hors intérim, la baisse de l’emploi tertiaire a été cependant "plus marquée qu’au trimestre précédent", souligne l’Insee
 
Ainsi perdre 80.000 emplois ne semble pas être une information, et ce d’autant que seulement 5.500 avaient été annoncés. Si le chômage 'ne baisse pas tant' c’est parce que l’interim amortit la chute en se regonflant, et transvasant des postes fixes en postes précaires faciles à supprimer en cas de mauvaises affaires à suivre.
 
Pourquoi cette information ne fait-elle pas la une ?


Source AgoraVox

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Publié dans France

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