L'hydre à douze têtes

Publié le par Aleth



En Sarkozie, ce ne sont pas les ministres, et encore moins le premier d’entre eux qui gouvernent, mais un aréopage de douze conseillers élyséens particulièrement influents qui se réunit chaque matin à 8h30 autour du monarque dans le salon Vert, et qui prend toutes les décisions importantes pour le pays. Les ministres ne sont que la face émergée de l’iceberg, marionnettes juste bonnes à affronter le cirque médiatique, juste utiles à tenter de faire passer la pilule amère des “réformes” auprès de la population, et à les faire voter par le parti godillot.

Or les dites réformes ont été concoctées par les dits conseillers qui restent confortablement tapis dans l’ombre. Les ministres et les parlementaires n’aiment pas cette situation pour le moins alambiquée mais mangent leur chapeau. Faut bien nourrir les gosses. Jean-François Copé lui même déclarait en début d’année dans les colonnes du Monde : “Les conseillers sont infiniment plus importants que les ministres.” Il confiait même à propos de la désormais piètre fonction de ministre que l’un d’entre eux lui avait dit : “si tu revenais au gouvernement, tu ne reconnaîtrais pas le job.” En revanche, l’hyper-président adore ce machiavélique dispositif. Cette gouvernance à deux niveaux lui permet en permanence de jongler entre ministres et conseillers, de surfer sur leurs conflits internes, d’arbitrer leurs différends, de modérer l’ego des uns et des autres et en fin de compte, de décider de tout unilatéralement.

Qui sont donc ces conseillers de moins en moins occultes qui tirent ainsi les ficelles de la Sarkozie rampante ? Le premier d’entre eux, Claude Guéant, l’Homme qui murmure à l’oreille de Sarkozy, est officiellement Secrétaire Général de l’Elysée mais en vérité, il fait office d’authentique premier ministre. Jean-David Lévitte, sherpa du président au G8, est le conseiller diplomatique du président. Très respecté à l’étranger, Diplomator, c’est son surnom, oriente largement la politique étrangère française. La pleine réintégration dans l’OTAN par exemple, ça vient de lui. Il laisse trop peu de miettes à Bernard Kouchner qui ne peut pas le voir en peinture. Ainsi quand le French Doctor parle de Lévitte, il l’appelle “le machin“, excusez du peu…

Le conseiller aux affaires judiciaires s’appelle Patrick Ouart. C’est lui qui a piloté les principales réformes judiciaires. C’est lui aussi qui a en projet la suppression du poste de juge d’instruction. Il ne supportait pas Rachida Dati qui le lui rendait bien. Xavier Musca, lui, occupe la fonction de secrétaire général adjoint de la Présidence de la République, attaché aux affaires économiques en remplacement de François Pérol, parti pantoufler à la tête de la Caisse d’Epargne et des Banques Populaires réunies. C’était lui et non pas Christine Lagarde, “le grand architecte du programme économique de Nicolas Sarkozy.”

Raymond Soubie est l’éminence grise préposée aux affaires sociales. Il a jadis conseillé Chirac, Barre, Balladur et autres Raffarin. Que du gratin ! Henri Guaino, pour sa part, est conseiller (très) spécial de Sarkozy. Il joue entre autres les nègres pour les discours présidentiels (remember Dakar 2007). Pour la petite histoire, il concocte ses fulgurances à l’Elysée dans l’ancien bureau de VGE lui-même.

A la réunion quotidienne du salon Vert, on trouve encore Catherine Pégard (conseiller et responsable du pôle politique), Emmanuelle Mignon (conseillère à l’Elysée), Cédric Goubet (chef du cabinet), Jérôme Peyrat (conseiller parlementaire) et Franck Louvrier (responsable du pôle communication). Reste un petit dernier qui n’était pas au départ prévu au programme, un nommé Pierre Charon. Sarkozyste bon teint, il avait été écarté du premier cercle par Cécilia qui le trouvait trop intriguant. Grand communicant devant l’éternel, il avait pourtant joué les rabatteurs de people pendant la campagne de son mentor. Mais Carla l’avait connu dans le show-biz, l’adore et l'a remis en selle au point qu’il est devenu incontournable. Si un plumitif veut avoir un rencart avec la dame, il doit impérativement passer par lui. Deux journalistes ont même prétendu que c’est lui qui écrivait, avec la bénédiction de la belle ritale, certains dialogues de son faux journal intime, Le journal de Carla.B., feuilleton hebdomadaire du Canard Enchaîné.

Ce même Canard a affirmé récemment qu’en compagnie de l’inénarrable Frédéric Lefebvre, de Laurent Solly recasé à TF1 et du nouveau pensionnaire de la place Beauvau Brice Hortefeux, tous victimes peu ou prou de madame Attias, il intriguait désormais contre les anciens favoris de cette dernière. Sous le sobriquet de la Firme, la bande des quatre avec l’aval de la Bruni, viserait à se débarrasser de tous ceux qui étaient en cour sous l’ex. Ainsi Rachida Dati, envoyée à l’insu de son plein gré à Bruxelles, ainsi Roger Karoutchi jadis intime désormais en disgrâce, ainsi David Martinon désormais en exil à Los Angeles. Leur prochaine proie serait un très gros poisson, Claude Guéant en personne. “Pit-bull” Lefebvre et lui ne se supporteraient pas. Plus que jamais, les intrigues de palais pullulent sous Nicolas 1er. Elle est pas belle la vie en Sarkozie ?

Source AgoraVox


Publié dans France

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